Nouvelle-Zélande / Pêcher en mer dans le Northland

Il est à peine 3h du matin et nous sortons péniblement de notre van. Nous avons une petite heure pour boire un grand café, enfiler des habits chauds et engloutir un copieux petit-déjeuner. Quelques mesures nécessaires car cette nuit nous partons à la pêche au Thon !

Disparition de la côte

Mettre le bateau à l’eau n’est pas une mince affaire, surtout avec nos maigres heures de sommeil en réserve. Nous nous y reprenons à trois fois pour avoir assez d’élan et passer la traitresse barrière de sable. Nombreuses sont les histoires de touristes qui y ont abandonnés leurs véhicules. Enfin l’énorme bateau a la coque à l’eau et nous montons à bord sous l’œil attentif d’un millier d’étoiles. Nous sommes 5. Hormis nous, l’équipage compte Alister, notre employeur : un kiwi tout ce qu’il y a de plus grand, gros et rose qui ponctue chacune de ses phrases de « fucking bloody things ». Sa petite amie Hassel, une jolie Philippine aux longs cheveux noirs, rieuse malgré un passé au pays horrible (cette histoire ne sera pas contée). Et Tony, l’ami d’Alister, apiculteur, fumeur de douceurs et passionné de pêche.

Tony et Alister

Nous quittons la côte à vive allure sous un délectable silence. Le lever du jour rend notre début d’aventure mystique et chacun laisse voguer ses pensées alors que le vert, le jaune et le bleu ciel teintent en quinconce la côte de Doubtness Bay.

Après une petite heure de navigation, les garçons installent leur matériel. Des élastiques sont accrochés aux extrémités de grandes perches puis reliés aux cannes. Cela nous permet de mieux séparer les lignes et de les avoir bien à l’œil car si nous avons une « touche », l’élastique saute et l’enrouleur déroule. C’est ce qu’ils appellent « gang fishing ». En guise d’appâts, Alister opte pour de gros poulpes en plastique aux couleurs vives couverts de paillettes (selon la profondeur et l’heure de la journée, il en essayera plusieurs). Nous observons attentivement tout ce remue-méninge ponctué de quelques « fucks » alors qu’une ligne se prend dans le moteur. Ce matin le bateau est malmené par les vagues en dents de requins. Laura qui n’a jamais eu le mal de mer est toute pâle et Hassel pourtant habituée des sorties pêche fait l’étoile de mer sur le matelas de la cabine.

Les estomacs finissent par retrouver un peu d’équilibre quand soudain Tony crie « FIIIISH » (« FEUUUCH » avec l’accent) ! Alister sort en trombe de la cabine et se jette sur la canne à pêche, Hassel prend en main le volant. Chacun tente de trouver sa place sur le pont alors que des ordres en anglais volent en tous sens « Turn at 9.pm », « slowly », « Martin take the knife » etc. Alister remonte un thon rouge brillant en une poignée de secondes. Nous observons le regard curieux ce qui pour nous à l’apparence d’un sashimi. Les thons sont magnifiques : dépourvu de la poche d’air qui permet habituellement aux poissons de se maintenir à flot, les thons ont deux grandes nageoires qu’ils activent en permanence. Constamment en mouvement, ils peuvent rabattre leurs ailes pour une meilleure pénétration dans l’eau. Leurs yeux immenses leurs permettent de voir même dans la nuit. Malheureusement celui-là est trop rachitique et Alister le met de côté pour s’en servir d’appât lors d’une prochaine sortie en mer. Ce sera le cas de 9 petits thons que nous remonterons. Par contre nous garderons précieusement 5 autres prises pesant entre 13 et 20 kilos.

Petit thon qui servira d’appât

La mer est d’un bleu magnifique quand Tony agrippe une dernière fois la canne à pêche. Ce poisson-là nous dit-il, il m’assoie ! Alister aux commandes ajuste la position du bateau pour aider son ami à gagner, centimètres après centimètres, un peu de terrain sur son énorme adversaire. Hassel lui ceinture le ventre et lui installe ce qui ressemble à un repose-canne-à-pêche. « Prend ton temps mon pote » lui conseille Alister. Tony est tellement heureux de se trouver pris dans ce duel. Il nous confie que cela faisait vraiment longtemps qu’il attendait ça. Après 30 minutes de combat nous entendons un « fuck » ensogloté. « He’s gone ». La pêche c’est aussi cela : en une fraction de seconde, ce qu’on touchait du bout des doigts s’évapore, qu’importe l’attente. « C’était quand même un joli poisson ». Nous pouvons sans peine lire le chagrin dans le creux sa voix.

Le soir apporte son lot de couleurs

Sur le chemin du retour, nous croisons tantôt un albatros qui surplombe la silhouette d’un requin, tantôt une joyeuse bande de dauphins. La mer avant de s’endormir se teinte d’ocre puis revêt sa robe de nuit d’un bleu lugubre. Alister fait la course avec un orage, nous ne savons pas trop si nous devons avoir peur. A 22h, nos pieds touchent la plage familière et rassurante. Notre corps a oublié la rigidité du sol et c’est encore tout ballottés par les vagues que nous partons nous échouer dans nos lits… qui tanguent.

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