La Nouvelle-Zélande en van. Notes de voyage.

Cela fait seulement quatre mois que nous sommes en Nouvelle-Zélande et que de choses apprises déjà… Que ce soit sur le pays, sur notre manière de consommer, de travailler, de penser, de vivre. Le temps file à toute allure alors que sous le van Ginette les kilomètres défilent laissant passer des paysages où partout il faudrait s’arrêter.

Nous observons beaucoup la mer que nous connaissons si peu et qui chaque jour nous surprend de ses humeurs. Que c’est dur la première fois de s’endormir à quelques mètres de ses vagues, rageuses, alors que le maigre habitacle de notre vehicule nous rappelle qu’en ce monde on est bien peu de chose. Laura qui planifie toujours 1000 activites découvre qu’une journée a regardé la ligne bleue sur bleu, ce n’est pas une journée perdue, c’est du temps passé à observer les mouettes, à remarquer le gris, le vert et le cyan de l’eau, à entendre les cris des enfants sur la plage. C’est donner l’opportunité aux Néerlandais, aux Allemands, et aux Belges de nous trouver pour partager une bière. Nous nous nourrissons peu a peu de ces histoires de chemin qui donnent envie d’aller partout. C’est à en oublier qu’il faut manger pour de vrai. Nous avons des repas peu glorieux à base de nachos et de boîtes de conserves. mais nous avons aussi des poissons au feu de bois et des crêpes les jours de pluie.

Peu à peu nous nous délestons du futile. Deux casseroles c’est bien assez par contre il nous faut de l’eau. L’eau c’est la vie. Vivre en van, c’est retrouver ses besoins primaires et oublier le reste… L’heure, les jours, les semaines. La seule chose qui rythme satiriquement un voyage c’est l’argent. Nous n’y pensons pas, ou peu, et vient le moment où il faut travailler à nouveau. Qu’est-ce qu’on peut bien faire quand on parle mal une langue ? Quand on veut pouvoir partir à tout moment ? Il y a le picking dans les fermes, la cuisine, le service et la plonge dans les villes. Nous envions un peu ceux qui ont des métiers manuels et qui peuvent, partout, exercer avec passion.

Nous ne sommes pas là pour la carrière, nous sommes là pour le voyage. La limite entre vie professionnelle et vie privée se dessine, claire comme jamais face à nous. La liberté a un prix et nous le payons. Non pas avec plaisir mais en conscience. Conscience de la valeur de l’argent, que chaque jour à ramasser du maïs c’est quatre pleins d’essence et qu’avec 4 pleins nous irons un peu plus loin. Nous verrons à nouveau ces collines les pieds au soleil, ces sommets enneigés, ces lacs que jamais rien n’agite. Nous pourrons à nouveau oublier l’heure, les jours, les semaines. Ce qui est chiant, c’est ce changement de temporalité. C’est ce dire que c’est demain qu’il faut chercher du travail.

Si en voyage nous sommes les rois, en villes les petites taches du quotidien sont plus harassantes. Il faut à la fin de la journée trouver de quoi laver son linge, un peu d’électricité pour charger son téléphone. Heureusement le rythme finit par s’installer et le travail, ce n’est pas la santé, mais l’occasion de parler anglais, de se prendre pour un géni(e) après une phrase pas trop mal sur une idée plutôt compliquée à sortir. Enfin il y a la fierté de se dire que nous pouvons vivre ailleurs, nous intégrer au sein d’une culture et d’une société qui ne sont pas les nôtres. Ce n’est pas rien et c’est surement le plus beau : d’être capable. Capable de gagner sa croute, capable de faire des blagues, d’avoir des amis, capable de mettre les voiles, ou plutôt le contact.