JAVA / Kawah Ijen, le volcan qui souffle du souffre

Le volcan Kawah Ijen est une expérience que nous avons adorée durant notre voyage sur l’île de Java. Nous hésitions entre faire ce volcan ou le Bromo est finalement nous avons fait les deux. Souvent les voyageurs se posent cette question car enchaîner deux volcans s’avère physique ! Mais suite à notre expérience, nous pouvons vous assurer que les deux sont à faire et qu’ils n’ont rien à voir l’un et l’autre. Au Bromo vous vous régalerez d’un panoramique à couper le souffle et au Kawah Ijen vous explorerez le ventre d’un volcan plein de vie.

Focus sur le Kawah Ijen                                

Le départ est matinal si vous souhaitez voir les fameuses « blue lights » des flammes bleues produites par la combustion du souffre en contact avec l’air et visibles seulement de nuit. Dans notre cas, à 2h du matin nous sommes au départ de la montée. Vous êtes obligés d’être accompagné d’un guide si vous souhaitez passer la sécurité en cette heure matinale au risque de vous faire barrer la route par ce qui ressemble à une petite mafia locale. Cela nous a un peu choqué avec Martin car pour nous qui habitons dans les Alpes, on ne fait pas payer une montagne. La gravir est un luxe gratuit. En tout cas, nous avons prévu le coup et notre guide nous fait passer le portique sans histoires.

La montée du volcan n’est pas difficile sans être facile pour autant. Le départ est tout doux avec des beaux lacets par contre sur la fin la pente est assez abrupte. Le chemin dégagé mais saturé de visiteurs vous pousse à slalomer entre tout ce petit monde pour monter à votre rythme. D’ailleurs si vous n’aimez pas l’attente, il est préférable de payer un peu plus cher votre trek pour être avec un petit groupe (nous sommes 4 + notre guide pour un prix de 400k).

Le jour de notre ascension le temps est très venteux. Cela rend l’aventure plus périlleuse car les rafales nous ralentissent, nous font perdre l’équilibre et nous aveuglent d’une poussière mêlant sable et souffre. Le vent est si fort que cela nous fouette les mollets et plusieurs fois nous devons nous arrêter pour lui tourner le dos et protéger nos visages.

Cabane pour se protéger du vent et du souffre

A mi-parcours vous croiserez une cabane ou vous pouvez acheter du café de l’eau et d’autres réconforts. Juste en dessous se trouve un petit refuge. Notre guide, ancien porteur de souffre, nous explique que c’est là que dorment les mineurs qui ont le plus besoin d’argent et qu’il est possible de rester ici une ou deux semaines. Ainsi, les mineurs sont déjà sur place et peuvent augmenter la quantité minée. Notre guide nous conte de nombreuses autres détails pendant la montée notamment que :

  •  1 kilo de souffre est rémunéré 1k de roupies
  •  C’est un français qui apporte l’invention du trolley sur le site : ces brouettes qui permettent de redescendre 3 ou 4 cargaisons de souffre soit entre 270 et 360 kilos. Avant cela, c’est avec des paniers que les mineurs effectuaient la descente (ô combien glissante et pentue).
  • Il a croisé Hulot il y a 7 ans, notre cher ministre de l’écologie, qui était monté en hélicoptère au sommet du Ijen…
  • Les hommes transportent autour de 90 kg de souffre dans les paniers de leurs palanches. Ils doivent gravir 400 mètres pour quitter le cratère avec ce lourd fardeau sur le dos. Puis ce sont 2000 mètres de descente avec des trolleys qui les attendent avant d’atteindre le Graal : la pesée.
  • Le travail de mineur est évidemment extrêmement physique et cause de nombreux problèmes de santé, surtout au niveau de la vue et des poumons. Ces hommes respirent du souffre à longueur de nuit et notre guide « Yulia » nous confie que certains de ses anciens collègues crachent du sang.
  • Les mineurs travaillent la nuit pour voir les flammes car au premier rayon de soleil, celles-ci deviennent invisible.

Avec tous ces récits, la montée passe à toute allure, peut-être même trop vite, car nous arrivons en haut à 3h30. Il nous reste donc 1h30 avant le lever du soleil et à 3000m d’altitude à cette heure si, le froid est mordant. Par chance, les flammes bleues, ces petits feux follets qui dansent dans la nuit noire remplissent notre objectif de leurs plus belles lueurs.

Blue lights
Blue lights

Il nous reste 30 minutes avant le début du jour, Yulia nous laisse deux possibilités, remonter sur la crête pour admirer le paysage ou attendre les premiers rayons au bord du lac. Mais quel lac ? A quelques dizaines de mètres de nous, nous percevons seulement une flaque noire. Sous les conseils de Yulia, nous décidons tout de même de rester au fond de la marmite. Ici, il faut braver les nuages de dioxyde de souffre que le vent nous crache au visage. Les masques à gaz ne parviennent pas à stopper grand-chose et l’acidité des vapeurs nous brûlent les yeux et s’engouffrent dans nos poumons.

Peu à peu la marre se mue en une immense étendue d’eau bleue turquoise et les hauteurs du cratère jusque-là à peine perceptible se teintent d’or. La palette à l’aquarelle esquissée devant nous remplace la magie des blue light qui s’éteignent. Les mineurs habitués au spectacle profitent de la foule moins dense pour remonter leurs cargaisons. Bien moins chargé, nous leurs emboîtons le pas.

Le cratère
Du rose, du jaune, du bleu

Le ciel rose du matin nous aide à affronter le vent puissant qui manque de nous déséquilibrer au sommet. Nous redescendons le Ijen, monstre à la beauté dangereuse et découvrons une nouvelle forme de petit boulot : les taxis-trolley. Après cette longue nuit, nombreux sont ceux qui n’ont plus la volonté ou les jambes pour rentrer.

Le sommet

En arrivant à la gare à 9h du matin nous avons l’impression d’avoir une grosse gueule de bois mais c’est le Ijen qui gronde encore dans nos têtes.

L’aventure n’est pas finie pour autant. Nous pensions acheter nos tickets par carte à la gare et quelle n’est pas notre désarroi en découvrant que le paiement se fait par espèces uniquement. L’homme chargé de la sécurité remarque notre panique (et nos cernes) et amène Martin sur son scooter jusqu’au distributeur le plus proche à deux kilomètres de là. Il roule comme un dingue et grâce à lui nous parvenons à sauter dans notre train, direction le Bromo une nouvelle histoire de volcan.

Laisser un commentaire